Sans études, sans travail, sans statut, on a l’impression d’être inutile. C’est comme si le travail ou le statut nous définissait. Nous avons toute notre vie suivi un rythme qui nous était imposé par la société, l’école, le travail, notre éducation. Se retrouver sans horaires, sans contraintes, sans rythme défini est parfois très déroutant. Face à ce vide, ce temps, cet espace qui se présente à toi, que faire ?
Qui suis-je sans mes études et sans mon métier ?

Témoignage de Mélanie :

« J’ai expérimenté la recherche d’emploi pendant un an après mon master. Le plus dur pour moi était de me lever tous les matins sans objectif : du coup je restais en pyjama toute la journée ! Je tentais chaque jour de chercher du travail, sans aucune réponse positive. J’ai fait quelques fois de l’interim, histoire de gagner un peu d’argent. Se retrouver à nettoyer les toilettes des entreprises luxueuses ne faisait pas parti des débouchés espérés après mon bac+5… Les mois passaient et je me connectais chaque jour aux sites d’emplois. Toute mon énergie tombait à mesure que je parcourais les pages d’offres d’emploi. J’avais fait un master et je me rendais compte que la plupart des opportunités proposées consistaient à travailler assise derrière un bureau sur un ordinateur. Je ne me voyais faire aucun de ces métiers. J’avais l’impression que je devais à travers un travail simplement « boucher » un trou vide d’une entreprise pour combler ces attentes. La paresse, la colère et la dévalorisation tentaient de m’envahir peu à peu. Je n’avais qu’une envie c’était d’agir, d’œuvrer pour des beaux projets mais j’avais l’impression que la vie ne m’en donnait pas la possibilité. Je me suis beaucoup posé de questions : Pourquoi vivais-je cette situation ? Comment trouver ma place ? Comment puis-je apporter de moi, être heureuse, créative et moi-même dans mon futur métier ?

Avoir un métier est aujourd’hui une obligation pour survivre, mais moi, individuellement, qu’ai-je envie de vivre à travers mon métier ?

Le fait de ne pas trouver de travail me rendais de plus en plus inactive. J’avais l’impression que sortir de chez moi et bouger me demandait une force considérable. Aucune structure ne voulait m’employer, du coup je me sentais de moins en moins légitime à agir et initier des choses dans ma vie. C’était comme si j’attendais d’avoir un travail pour me dynamiser et avancer parce que moi-même je n’osais prendre l’initiative dans ma vie personnelle de mettre des choses en place. 

Sans activité, il est difficile de se projeter dans le futur. Étant donné que l’on pense souvent que la situation ne va pas durer, on n’ose pas s’engager sur des projets, pratiquer un sport en club ou encore faire du bénévolat. Pourtant, la situation peut durer plus longtemps que ce que l’on pense. Je vous encourage donc à vivre tout ce que vous avez envie de vivre plutôt que de vous frustrer en raison de cette incertitude.

Après mes études, j’avais automatiquement cherché du boulot puisque c’était dans la logique des choses « après tes études, tu cherches un travail, tu trouver un CDD ou un CDI et tu te poses quelque part ». Or jamais je ne m’étais demandé si c’était ce qu’il fallait que je fasse et si c’était le moment pour moi. En passant par tous les états émotionnels, je n’arrêtais pas de chercher, chercher, chercher ; en vain. Il m’a fallu environ sept mois pour réaliser que j’avais autre chose à faire que de trouver un travail. On a tendance à agir et faire des choix en fonction des normes et de la masse plutôt qu’en fonction de nos impulsions personnelles et on oublie de se demander si c’est juste pour soi. On peut plutôt davantage écouter son coeur et choisir de vivre différemment, en accord avec qui l’on est.  

La première chose que l’on partager se présenter aux autres est souvent son métier. En Europe, nous nous identifions beaucoup à notre travail. Alors comment pouvons-nous avoir une belle image de soi si on fait un boulot que l’on ne cautionne pas ?

On passe notre temps et nos préoccupations à chercher un métier, des études, apprendre ses cours, s’amuser avec ses amis et partir en vacances. D’un jour à l’autre, les études se terminent et d’un coup, il n’y a plus rien, plus de rythme, plus de professeurs qui nous disent quoi faire. La grande question qui se pose alors : sans tout ce parcours que j’ai été « obligé » de faire, sans mon métier, sans mes études, qu’aimerai faire de ma vie et qu’est-ce que je ferai spontanément ? Quelle femme/homme aimerais-je devenir dans le futur ? Et qu’aimerais-je apporter de plus au monde ?

Toutes ces remises en question nous font peu à peu prendre conscience qu’il n’y avait pas que le travail et les études dans la vie. Au lieu de passer son temps à se préoccuper de trouver LE travail qui nous plaît, on peut simplement être heureux à travers la musique, l’art, la créativité tout en passant de superbes moments avec ceux qui nous entourent ! Je sais aujourd’hui que je veux être moi-même et donner de qui je suis à chaque instant de ma vie et que je n’ai pas à attendre d’avoir un travail pour initier des projets dans ma vie. 

Avoir du temps pour soi, peut être un cadeau de la vie pour mettre en place des choses que nous n’aurions jamais pensé faire : alors restons ouverts et laissons place à notre créativité !

 

Témoignage de Pierre :

« Durant quelques années, j’ai vécu de longues périodes sans avoir de rythme imposé.

Mes activités consistaient à être micro-entrepreneur et à participer à des projets collectifs. Mais je n’accordais pas beaucoup de temps à mon entreprise et les projets n’étaient pas chronophages, j’avais donc beaucoup (trop) de temps libre. Finalement, je le gaspillais, essentiellement sur internet. Je me disais « je n’ai pas de diplôme, je ne peux pas faire un travail intéressant, je ne peux que servir de main d’œuvre dans des usines. Mais donner mon temps/énergie à des groupes multinationaux me rebutait, j’avais l’impression de bosser pour l’ennemi du genre humain… Donc je ne travaillais pas, j’avais des aides financières de l’état et je gaspillais mon temps. De temps en temps je trouvais une activité intéressante : j’ai été maraîcher, j’ai travaillé dans un lieu social… Et ces expériences me faisaient un bien fou ! Avoir une activité structurait ma journée et me permettait d’être en lien avec des humains, de leur donner un peu de moi, quel bonheur !

Durant les périodes où je n’avais quasi aucune activité, je souffrais beaucoup. J’étais très seul, j’avais tendance à me réfugier dans la nourriture et internet, j’avais honte de moi donc je m’isolais encore plus, je n’avais pas d’argent donc, encore plus de honte et encore moins d’opportunités de sortir… Et malgré tout le temps à ma disposition, je ne déployais pas mon entreprise car je manquais d’organisation, je ne communiquais pas, je repoussais énormément. Bah oui, j’avais le code-triche « temps illimité »… J’en profitais !

Et puis j’ai choisis de travailler car j’avais besoin de plus d’argent et que je savais que ça me boosterait pour déployer ma propre entreprise. J’ai donc fais de l’intérim, je me suis retrouvé dans une entreprise de plasturgie et j’y suis resté plusieurs mois. Dans cette entreprise, j’ai rencontré plein de gens, je me suis découvert, enfin, j’ai découvert certaines qualités que je porte et que je peux apporter à une entreprise. Le travail rythmait mes semaines. J’avais moins de temps, il était plus précieux donc je le gaspillais moins !

Je me suis pourtant fait avoir par un piège : L’argent. En tant qu’intérimaire, avec diverses primes, j’accédais à un salaire supérieur à tous ceux qui l’avaient précédé. J’ai oublié pourquoi je travaillais en me focalisant exclusivement sur l’argent. Diverses peurs sont venues et m’ont prostré dans ce travail, jusqu’à ce que j’en prenne conscience et que je quitte ce travail.

C’était il y a dix jours, aujourd’hui, je cherche de nouveau un emploi car je sais que c’est bon pour moi d’être « dans le monde » au lieu de rester chez moi»

 

 

Voici quelques défis particuliers liés à la vie sans emploi, je les ai appelé « les vices de l’inactivité » :

  • Ne plus faire grand-chose. En effet, sans travail nous sommes moins amenés à rencontrer des gens, à remplir nos emplois du temps, à faire des choses variées… Sans travail, le challenge est de rester actif, de continuer à sortir et de faire des activités etc. C’est d’autant plus difficile de faire des activités payantes quand on n’a pas d’argent…
  • La paresse qui se manifeste par le fait de rester en pyjama toute la journée ! « Moins on agit et moins on a envie d’agir ».
  • La désespérance. Des pensées viennent nous parasiter : « je ne trouverai jamais de boulot » ou encore « je ne pourrai jamais trouver quelque chose qui me plaît ». Chercher tous les jours sans rien trouver, avoir autant de réponses négatives surtout quand c’était le job de nos rêves peut clairement nous désespérer. La frustration, l’impression que l’on nous empêche d’agir peut engendrer de la colère… Il est temps pour toi que cultiver les vertus de la persévérance !!
  • La dévalorisation. Suite aux réponses négatives des employeurs, on peut rapidement se dévaloriser et perdre confiance en soi. (Eh oui car c’est souvent dans l’action qu’on se rend compte de ce qu’on est capable de faire.) On peut se sentir rejeté et déprécier ses propres compétences et valeurs. Avoir tant de difficultés à trouver un emploi nous incite à accepter un travail qui ne nous convient absolument pas.
  • La solitude. Tu as énormément de temps devant toi alors que tout le monde autour de toi n’est pas disponible. Tout le monde vit une vie à mille à l’heure, et trouve donc difficilement du temps pour te voir ou faire des activités avec toi. Rien à faire : tu es obligé de te retrouver seul, face à toi-même. Et ne soit pas envieux ou jaloux des autres eh !
  • La perte de sa motivation et du sens de sa vie. A rester dans l’inaction trop longtemps, on perd notre énergie, l’envie de faire des choses, l’espoir d’arriver au bout de nos projets. On ne s’engage plus car la situation recherche d’emploi oblige… C’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’avoir des objectifs nous donne de la force pour agir et met du sens dans notre vie.

 

Voici quelques conseils pour vivre au mieux cette période « sans études, sans travail, sans statut » :

  • Engagez-vous dans des projets (pour une cause qui vous est chère, c’est mieux !) même si vous ne savez pas combien de temps va durer votre situation.
  • Faites le point sur toutes vos idées de projets qui ont émergés ces dernières années. C’est le moment idéal pour réfléchir à vos impulsions et aspirations personnelles pour vous lancer dans des projets dont vous avez toujours rêvé ! Partir voyager, travailler à l’étranger, vivre chez l’habitant, écrire un livre, apprendre une langue…
  • Prenez du temps pour sortir de chez vous. Rencontrez vos amis qui habitent aux quatre coins de la France, faites du bénévolat, inscrivez-vous au sport, apprenez les langues, un instrument de musique, participez à des événements etc !
  • Cultivez votre créativité en mettant en place des ateliers, des conférences, des jeux, en découvrant votre créativité, l’art, l’écriture, la musique !
  • Travaillez sur la valeur que vous vous octroyez. En effet, travailler dit gagner de l’argent et donc d’obtenir une récompense par rapport à ce que nous faisons et donnons au monde. Reconnais-tu l’importance de ce que tu peux donner aux autres et au monde ?
  • Prenez du temps pour réfléchir sur vous-mêmes (Quelles qualités puis-je mettre au service d’une cause/association/entreprise ?, Quelles sont mes peurs et croyances par rapport au travail, qu’aimerais apporter dans mon travail, quelles valeurs veux-je transmettre ? Qu’est-ce que je veux essentiellement vivre dans mon travail ? Quelle image ai-je de mon futur ? ) »

 

En conclusion, nous remarquons que vivre sans travailler peut être tant un piège qu’une opportunité. À nous de la saisir et de vivre pleinement cette période pour apprendre à se connaître, pour cela, l’action est indispensable ! Expérimenter, apprendre de la vie, comprendre comment fonctionne le monde d’aujourd’hui et découvrir des forces cachées en nous afin de trouver une voie qui nous ressemble autant que possible.